Le Silence (Al Samt)

L’Or du temps, Tunis, 1993

 Nafla Dhahab

Le troisième recueil de Nafila Dhahab,  Le Silence, reflète le souci de l’auteur de travailler sur la forme , et par là même sur l’écriture. Le thème majeur que dégage ce recueil est  l’expression des voix silencieuses de personnages humbles et modestes –hommes et femmes- face à l’autoritarisme d’un père , à l’adversité, à l’amour déçu, au viol, à la peur , aux affres de la vie socio–politique . l’auteur y dénonce à coup de métaphores et d’ellipses les vicissitudes du vécu.

Dans Propos sur le Silence, un père condamne ses enfants à parler tout bas à la maison lorsqu’il rentre, parce qu’il travaille dans le bruit toute la journée. A la mort de celui-ci, le grand frère prend la place du père et continue à réprimander ses sœurs. Dans Rue du Caire , un ancien étudiant qui a eu affaire à la police se voit dans la peau de celui que la police a procédé à son arrestation et ce, dans un accès de dédoublement de la personnalité causé par la peur. Dans Salima et la cartouche, ce sont des pleurs et des gestes précis qui remplacent les paroles. Dans L’ombre du Drap, l'histoire tourne autour des hurlements que pousse la femme, et dans Nahj el Bacha ce sont les sanglots qui traversent la rue, le soir, qui tiennent lieu de paroles.

Cependant, ce sont La Mort de Jazia, Amour et Les Yeux de la chamelle qui reflètent le plus le travail sur la forme et l’écriture en particulier ; En effet l’auteur se réfère à des textes et des auteurs du patrimoine arabo-musulman.

I’tidal Othman évoque  cette  écriture en ces termes : « L’écriture dans Le Silence de Nafila Dhahab illustre un conflit entre les différents axes du registre symbolique courant d’une part ,et l’émergence d’une conscience qui veut  scruter son non-dit et la manière dont  il a été  réprimé par le politico-social, et ce, dans notre réalité arabe contemporaine, d’autre part. » (Revue Nour, Le Caire , Automne 1993).